Dans un paysage géopolitique africain en pleine mutation, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) se trouve à la croisée des chemins. Alors que plusieurs nations du Sahel traversent des périodes de transition tumultueuses, marquées par des ruptures constitutionnelles, la question de leur place au sein de la famille francophone devient un enjeu de premier plan. C’est dans ce contexte délicat que Coumba Bâ, ministre conseillère du président mauritanien Mohammed Ould Ghazouani, a pris la parole pour esquisser une vision ambitieuse et pragmatique de ce que devrait être l’OIF de demain. Candidate au poste de secrétaire générale, elle place la réintégration des pays sahéliens au sommet de ses priorités, prônant une diplomatie de l’écoute et du rassemblement.
Une posture de rassemblement face aux crises institutionnelles
La situation actuelle de l’espace francophone est complexe. Les suspensions successives du Mali, du Burkina Faso et du Niger, suite aux changements de régime non constitutionnels, ont créé un vide au sein de l’organisation. Pour Coumba Bâ, cette politique de la chaise vide ne peut être une solution pérenne. Sa stratégie repose sur une approche de médiation active plutôt que sur une simple condamnation. Selon elle, l’OIF doit agir comme un pont, un facilitateur de dialogue qui permet de maintenir le lien avec les populations civiles, même lorsque les dirigeants politiques s’écartent des normes démocratiques internationales.
Cette posture de rassemblement n’est pas seulement une question de chiffres ou d’influence géographique. Il s’agit de préserver l’intégrité culturelle et linguistique d’un espace qui partage bien plus qu’une langue. En s’affirmant comme une candidate de la réconciliation, Coumba Bâ souligne que l’isolement des pays en crise risque de les pousser vers d’autres sphères d’influence, souvent moins attachées aux valeurs de liberté et de droits de l’homme que défend historiquement la Francophonie.
Défendre les valeurs fondatrices sans fermer la porte
L’un des défis majeurs pour la future secrétaire générale sera de naviguer entre le respect des principes démocratiques et la nécessité d’une Realpolitik africaine. Coumba Bâ est catégorique : la Francophonie doit rester fidèle à ses valeurs fondatrices. La promotion de la démocratie, le respect de l’État de droit et la protection des libertés fondamentales des citoyens ne sont pas négociables. Ils constituent le socle même de l’adhésion à l’OIF.
Cependant, l’originalité de son discours réside dans le refus d’une approche punitive systématique qui se contenterait de fermer les portes. Pour la candidate mauritanienne, l’OIF a le devoir d’accompagner ces nations vers un retour à l’ordre constitutionnel. Cet accompagnement doit être « efficace et efficient », ce qui suppose une connaissance fine des réalités locales et des dynamiques internes à chaque État. En aidant les pays à sortir de ces situations d’anticonstitutionnalité, l’organisation prouve son utilité concrète et sa capacité à transformer les crises en opportunités de réforme.
Le rôle central de la Mauritanie dans la diplomatie régionale
La candidature de Coumba Bâ n’est pas isolée de la stature internationale croissante de la Mauritanie. Sous la présidence de Mohammed Ould Ghazouani, actuel président en exercice de l’Union africaine, Nouakchott s’est imposé comme un acteur de stabilité dans une région tourmentée. La Mauritanie, de par sa position géographique et son histoire, sert de trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, ce qui confère à ses diplomates une légitimité particulière pour parler au nom du Sahel.
Coumba Bâ bénéficie de cette aura diplomatique. Son expérience en tant que conseillère de haut niveau lui a permis d’observer de près les limites des interventions extérieures et l’importance des solutions endogènes. Elle porte en elle cette double culture du compromis et de la fermeté, essentielle pour diriger une organisation regroupant 88 États et gouvernements membres. Sa candidature est perçue par beaucoup comme une volonté de redonner à l’Afrique francophone une voix forte et structurée au sein des instances mondiales.
L’OIF comme moteur de développement et de stabilité
Au-delà de la gestion des crises politiques, la vision de Coumba Bâ pour l’OIF englobe les enjeux de développement économique et social. Elle perçoit l’organisation comme un levier pour la jeunesse francophone, particulièrement nombreuse au Sahel. La stabilité politique est intrinsèquement liée aux opportunités économiques ; sans une croissance inclusive et un accès à l’éducation, les racines de l’instabilité persisteront.
En proposant un programme axé sur le renforcement des capacités institutionnelles et le soutien à la société civile, elle entend transformer l’OIF en un partenaire indispensable pour les transitions réussies. La francophonie de demain, selon elle, doit être une francophonie de solutions, capable de répondre aux défis climatiques, sécuritaires et migratoires qui frappent de plein fouet les pays de la bande sahélo-saharienne. C’est en démontrant son impact sur le quotidien des citoyens que l’organisation regagnera son prestige et sa pertinence.
Le destin de l’Afrique et celui de la Francophonie sont intimement liés par une histoire commune et des aspirations partagées. La volonté d’intégrer pleinement les pays du Sahel, loin d’être un signe de faiblesse face aux coups d’État, témoigne d’une maturité politique qui privilégie la reconstruction au déni. En plaçant l’humain et le dialogue au cœur de son projet, Coumba Bâ rappelle que la véritable force d’une institution ne réside pas dans sa capacité à exclure, mais dans son aptitude à guider ses membres vers un horizon commun de paix et de progrès. Cette voie de la médiation, exigeante et courageuse, est peut-être la clé pour revitaliser une organisation qui doit prouver sa capacité à influencer le cours de l’histoire africaine contemporaine.


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