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Guerre fratricide au Sahel : l’affrontement sanglant entre le JNIM et l’État islamique

Guerre fratricide au Sahel : l'affrontement sanglant entre le JNIM et l'État islamique

Depuis plusieurs mois, les étendues arides du Liptako-Gourma, cette zone charnière située entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, sont le théâtre d’une escalade de violence sans précédent. Ce n’est pas seulement l’offensive contre les armées régulières qui fait l’actualité, mais une guerre interne, brutale et impitoyable, entre les deux géants de la nébuleuse jihadiste : le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), désormais rattaché à la province sahélienne de l’État islamique (EIS). Ce conflit fratricide, loin d’être nouveau, a pris une tournure particulièrement meurtrière ces dernières semaines, laissant derrière lui des centaines de morts et une population civile prise en étau.

L’échec de la coexistence et la rupture idéologique

Pendant plusieurs années, une forme de « particularisme sahélien » a permis aux deux groupes de coexister, voire de coordonner certaines de leurs actions contre les forces de sécurité locales et internationales. Cette entente pragmatique visait à ne pas disperser les forces face à l’ennemi commun. Cependant, cette trêve fragile a volé en éclats sous le poids des divergences idéologiques et des ambitions territoriales. L’État islamique, fidèle à sa doctrine d’exclusivisme absolu, exige l’allégeance totale de tous les groupes combattants, tandis que le JNIM, sous la direction d’Iyad Ag Ghali, tente de maintenir une approche plus ancrée localement, s’insérant dans les dynamiques communautaires pour asseoir son influence.

La lutte pour le contrôle territorial et les ressources

Le cœur du conflit réside dans le contrôle des axes de circulation, des zones de pâturage et des sites miniers artisanaux. Dans cette région où l’autorité de l’État est souvent absente, le groupe qui domine le terrain dicte sa loi, perçoit l’impôt (la zakat) et recrute au sein des populations locales. Les affrontements se concentrent désormais dans des zones stratégiques comme le Gourma malien et les provinces du nord du Burkina Faso. Les rapports de terrain font état de combats d’une intensité rare, utilisant des tactiques de guérilla, des engins explosifs improvisés et des assauts massifs sur des bases temporaires ennemies.

Une hécatombe dans les rangs jihadistes

Les bilans humains de ces affrontements sont difficiles à vérifier de manière indépendante en raison de l’insécurité régnante, mais les sources locales et les observateurs sécuritaires s’accordent sur un point : les pertes se comptent par centaines. Des colonnes entières de combattants ont été décimées lors d’embuscades mutuelles. Cette guerre d’usure affaiblit les deux camps, les forçant à mobiliser des ressources considérables pour protéger leurs arrières plutôt que de poursuivre leurs objectifs de conquête contre les États centraux. Cependant, cet affaiblissement mutuel ne se traduit pas nécessairement par un répit pour les populations civiles, bien au contraire.

L’impact dévastateur sur les populations civiles

Au milieu de ce choc des titans jihadistes, les villageois subissent le pire des calvaires. Accusés de collaborer avec l’un ou l’autre camp, des villages entiers sont visés par des représailles. Les déplacements forcés se multiplient, jetant des milliers de familles sur les routes de l’exil, vers des centres urbains déjà saturés et dépourvus de services de base. L’insécurité alimentaire s’aggrave à mesure que les marchés ferment et que les circuits d’approvisionnement sont coupés par les belligérants. Pour l’EIS comme pour le JNIM, la terreur est devenue un outil de gouvernance pour assurer la loyauté, ou du moins le silence, des habitants de ces zones reculées.

Un défi sécuritaire complexe pour les États du Sahel

Pour les gouvernements de transition au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ce conflit entre groupes armés terroristes présente un dilemme. D’un côté, l’affaiblissement des effectifs jihadistes pourrait paraître comme une opportunité tactique. De l’autre, la violence extrême générée par cette guerre interne déstabilise davantage des régions déjà fragiles et crée un chaos propice à l’émergence de nouvelles factions encore plus radicales. Les forces armées nationales, bien que réorganisées, peinent à s’insérer dans ces zones de combat où la ligne de front est mouvante et où les allégeances tribales fluctuent au gré des rapports de force.

L’avenir du Sahel semble suspendu à l’issue de cette lutte pour l’hégémonie au sein de la sphère radicale. Alors que les médiations locales tentent parfois de négocier des cessez-le-feu éphémères pour épargner les civils, la logique de destruction mutuelle semble l’emporter sur toute forme de compromis durable. La transformation du Sahel en un champ de bataille permanent entre deux visions du jihadisme mondial ne fait qu’ajouter une couche de complexité à une crise multidimensionnelle. Dans cet environnement de poussière et de feu, le silence des armes ne paraît pas être pour demain, laissant présager une reconfiguration profonde des zones d’influence où seule la force brute dicte les nouvelles frontières de l’instabilité.

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