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Comores : La nouvelle loi sur le petit commerce sème l’incertitude au sein de la diaspora malgache

Comores : La nouvelle loi sur le petit commerce sème l'incertitude au sein de la diaspora malgache

Dans l’archipel des Comores, les marchés bruissent d’une rumeur qui dépasse les simples négociations quotidiennes. Une ombre plane sur les étals colorés et les petites échoppes qui rythment la vie des quartiers. Une nouvelle législation, récemment votée par l’Assemblée de l’Union des Comores, vient de jeter un froid sur les relations séculaires qui unissent les peuples de l’Océan Indien. Cette loi, qui vise à réguler strictement l’exercice du petit commerce, réserve désormais ces activités aux seuls Comoriens de naissance. Si le texte n’est pas encore entré dans sa phase d’application active, son annonce a déjà provoqué une onde de choc, particulièrement au sein de la communauté malgache, dont une grande partie dépend de ce secteur pour subsister.

Une législation ancrée dans un protectionnisme économique

Le vote de cette loi s’inscrit dans une volonté affichée par les autorités de Moroni de protéger l’économie locale et de favoriser l’entrepreneuriat national. En ciblant le « petit commerce », le législateur s’attaque à un segment vital de l’économie de proximité : la vente au détail sur les marchés, la gestion de petites épiceries de quartier ou encore le commerce ambulant. Pour le gouvernement, il s’agit de garantir que les revenus générés par ces activités circulantes profitent prioritairement aux familles comoriennes, limitant ainsi la fuite des capitaux et encourageant une forme de préférence nationale économique.

La définition restrictive du « Comorien de naissance »

Ce qui cristallise les inquiétudes, c’est la précision terminologique de la loi. En stipulant que ces activités sont réservées aux « Comoriens de naissance », le texte exclut non seulement les étrangers résidant légalement sur le territoire, mais soulève également des questions pour les binationaux ou les naturalisés de longue date. Cette distinction juridique crée une ligne de démarcation claire entre les citoyens de souche et ceux qui, bien qu’intégrés socialement et économiquement, demeurent aux yeux de la loi des opérateurs externes. Pour la diaspora malgache, présente depuis des décennies dans l’archipel, cette clause est perçue comme un désaveu de leur contribution historique au dynamisme des îles.

L’impact direct sur la diaspora malgache

La communauté malgache aux Comores occupe une place singulière. Liée par l’histoire, la géographie et des racines culturelles communes, elle s’est parfaitement fondue dans le tissu social. Beaucoup de familles malgaches vivent aux Comores depuis plusieurs générations, exploitant de petites tables de vente de produits frais, de tissus ou d’artisanat. Ces micro-activités constituent souvent leur unique source de revenus. L’application de cette loi signifierait, pour beaucoup, la perte immédiate de leur gagne-pain et une plongée brutale dans la précarité.

Un climat d’incertitude sociale

Bien que la loi ne soit pas encore appliquée, le climat d’incertitude pèse sur le moral des commerçants étrangers. La peur de voir leurs marchandises saisies ou de se voir refuser le renouvellement de leurs autorisations d’exercer freine les investissements et les projets de développement. Cette situation crée également une fragilité sociale, car le petit commerce malgache aux Comores n’est pas seulement une affaire d’argent ; c’est un vecteur de liens communautaires. Sur les marchés, les échanges se font en comorien, les amitiés se nouent, et cette interdépendance économique garantissait jusqu’ici une certaine stabilité régionale.

Les défis de l’intégration régionale dans l’Océan Indien

Cette décision comorienne intervient dans un contexte régional complexe où la libre circulation des biens et des personnes est régulièrement discutée au sein de la Commission de l’Océan Indien (COI). Alors que les discours officiels prônent souvent l’intégration et la solidarité entre les îles (Madagascar, Comores, Maurice, Seychelles et la Réunion), l’adoption de mesures protectionnistes semble aller à contre-courant. Les observateurs s’interrogent sur les possibles mesures de réciprocité que pourraient prendre d’autres pays de la zone, ce qui fragiliserait davantage les équilibres diplomatiques régionaux.

La question de la main-d’œuvre et de la supply chain locale

Il est également crucial d’évaluer les conséquences logistiques pour les Comores elles-mêmes. La diaspora malgache assure souvent un lien logistique important pour l’approvisionnement en produits venus de la Grande Île. Si ces commerçants sont exclus du marché, qui prendra le relais immédiatement ? Les structures nationales sont-elles prêtes à combler le vide sans entraîner une hausse des prix ou des ruptures de stock ? Le risque d’une inflation sur les produits de base n’est pas à exclure si la transition n’est pas soigneusement accompagnée.

Vers une nécessaire médiation ?

Face à la montée des inquiétudes, des voix s’élèvent pour demander un dialogue plus approfondi entre les représentants de la diaspora et les autorités comoriennes. L’enjeu est de trouver un équilibre entre le désir légitime d’autonomisation économique des nationaux et le respect des droits de ceux qui, bien que venus d’ailleurs, participent quotidiennement à la vie de la nation. Une application brutale et sans discernement de la loi pourrait non seulement nuire à l’image des Comores à l’international, mais aussi provoquer un drame humanitaire pour des milliers de familles malgaches parfaitement intégrées.

Le destin de ces petits commerçants repose désormais sur les modalités d’application du texte. Entre la volonté politique de souveraineté économique et la réalité humaine des marchés, le chemin est étroit. La manière dont les Comores géreront cette transition sera révélatrice de leur vision de l’identité et de l’accueil, dans une région où les frontières ont toujours été poreuses et les destins entremêlés. Au-delà des chiffres et des articles de loi, c’est tout un modèle de cohabitation pacifique qui est aujourd’hui mis à l’épreuve par les impératifs de la protection nationale.

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