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Madagascar : Un an après la révolte, le bilan contrasté d’une génération sacrifiée ou victorieuse ?

Madagascar : Un an après la révolte, le bilan contrasté d'une génération sacrifiée ou victorieuse ?

Le 25 septembre 2025 restera gravé dans les mémoires malgaches comme le jour où la jeunesse a décidé de ne plus subir. Ce qui n’était au départ qu’une série de manifestations sporadiques pour réclamer l’accès à l’eau potable et la fin des délestages électriques s’est rapidement transformé en un raz-de-marée humain. En quelques semaines, la colère sociale a muté en une contestation politique sans précédent, menant au départ d’Andry Rajoelina et à l’instauration d’un régime de transition dirigé par les militaires. Un an plus tard, le calme est revenu dans les rues d’Antananarivo, mais le tumulte des esprits persiste. La question qui brûle toutes les lèvres est simple : la Gen Z s’est-elle fait confisquer sa révolution ?

L’étincelle des services de base

Pour comprendre l’ampleur du mouvement de 2025, il faut se souvenir de l’état de délabrement des infrastructures à l’époque. Les coupures d’électricité duraient parfois plus de dix-huit heures par jour, paralysant l’économie informelle dont dépendent la majorité des jeunes. L’accès à l’eau, devenu un luxe, a agi comme le catalyseur final. La Gen Z, cette génération née avec un smartphone à la main mais les pieds dans la poussière, a utilisé les réseaux sociaux pour organiser une résistance horizontale, sans leaders identifiables au premier abord, rendant la répression traditionnelle inefficace.

Une transition militaire sous haute surveillance

Le départ de l’ancien président a laissé un vide que l’armée a rapidement comblé. Si ce changement de régime a été perçu par certains comme une victoire nécessaire pour éviter le chaos, d’autres y ont vu un coup d’arrêt brutal aux aspirations démocratiques. Aujourd’hui, les militaires assurent que leur présence n’est que temporaire, mais la sortie de transition semble s’étirer. Les anciens manifestants, qui espéraient une refonte totale du système politique, observent avec méfiance le maintien de certaines figures de l’ancien régime à des postes clés. L’impression d’un simple changement de façade commence à s’installer chez ceux qui ont risqué leur vie sur les barricades.

L’analyse de Tin Rakotomalala : Un système en mutation

Tin Rakotomalala, président et cofondateur du think tank Diapason, apporte un éclairage nuancé sur cette période charnière. Selon lui, il est réducteur de parler de révolution confisquée sans analyser les structures de pouvoir profondes de Madagascar.

« La Gen Z a réussi l’impossible : briser le plafond de verre de l’apathie politique. Cependant, la transformation d’une révolte de rue en un projet de gouvernance durable demande du temps et des institutions que la jeunesse est encore en train de bâtir »

, explique-t-il. Pour Diapason, le véritable enjeu n’est pas seulement de savoir qui occupe le palais d’Iavoloha, mais si les mécanismes de redevabilité ont réellement changé.

Des promesses à l’épreuve du quotidien

Qu’en est-il des revendications initiales ? Sur le front de l’eau et de l’électricité, les avancées sont timides. Si certains projets d’urgence ont été lancés avec l’appui de partenaires internationaux, le réseau reste fragile. La justice pour les victimes des manifestations de septembre 2025 est également un sujet de discorde majeur. Les familles demandent des comptes, tandis que le pouvoir de transition semble privilégier une forme de réconciliation nationale qui ressemble, pour beaucoup, à une amnistie déguisée. La liberté de la presse et le droit de réunion, bien que moins étouffés qu’auparavant, restent sous une surveillance étroite, au nom de la « stabilité nationale ».

Une jeunesse divisée entre espoir et trahison

Au sein même de la Gen Z malgache, les avis divergent. Une partie de la jeunesse a choisi d’intégrer les structures de transition, espérant influencer le changement de l’intérieur. Ces « pragmatiques » estiment que la politique de la chaise vide serait suicidaire. À l’opposé, les « radicaux » crient à la trahison. Pour eux, les militaires n’ont fait que récolter les fruits d’un combat qui n’était pas le leur, détournant l’énergie révolutionnaire pour stabiliser leurs propres intérêts. Cette fracture interne affaiblit la capacité de la jeunesse à peser sur les futures élections, dont la date reste encore floue.

Le défi de la justice et de la mémoire

Pour que la transition soit réussie, la question de la justice ne peut être éludée. Les blessures physiques et morales de 2025 sont encore ouvertes. Les organisations de la société civile, soutenues par des experts comme ceux de Diapason, insistent sur la nécessité d’un processus judiciaire transparent. Sans une reconnaissance officielle des abus commis et une réparation pour les victimes, le nouveau contrat social que la Gen Z appelle de ses vœux restera une illusion. La légitimité du futur gouvernement civil dépendra de sa capacité à solder les comptes du passé sans sombrer dans la vengeance.

Le destin de Madagascar se joue désormais dans cet équilibre précaire entre la patience nécessaire aux réformes structurelles et l’urgence vitale des besoins de la population. Si la Gen Z a prouvé qu’elle pouvait faire tomber des gouvernements, elle doit encore démontrer sa capacité à construire une alternative politique qui ne soit pas simplement une réaction à la souffrance. Le chemin vers une démocratie apaisée est long, et le souvenir des journées de septembre 2025 sert à la fois de boussole et d’avertissement pour ceux qui détiennent aujourd’hui les rênes du pays. La flamme de la révolte n’est pas éteinte ; elle attend simplement de voir si les promesses de changement se traduiront enfin par de l’eau coulant dans les robinets et de la lumière dans chaque foyer malgache.

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